__Les élèves se sont tous écartés, comme le peuple laissant passer Moïse.
- C'est pas un peu trop ? je souffle à Eugénie.
- Ça a toujours été comme ça, répond-t-elle.
__Une femme d'une quarantaine d'années aux cheveux roux flamboyant s'avance, s'arrête devant la grande porte de la cantine et se retourne vers nous.
- Bon midi, chers élèves.
__Je hausse un sourcil tandis que tous lui renvoie la politesse en choeur. Viennent ensuite les professeurs qui nous souhaitent bon appétit aussi. Je suis un peu surprise : les filles m'avaient dit que les Quatre étaient plus haut placés que les enseignants eux-même.
- Ce serait mal vu de négliger les profs comme ça, chuchote Manon en réponse à mes interrogations muettes.
__Je hoche la tête. Soudain, je sens un frisson d'excitation envahir l'air. J'en conclue que les Quatre ne sont vraiment pas loin. Mon hypothèse se confirme lorsque j'entends quelques filles pousser des petits cris hystériques ou soupirer d'envie. On se croirait dans une salle de concert avec des groupies en chaleur... C'est franchement flippant !
- Prête pour un petit cours ? me demande Eugénie. Accroche-toi.
- Euh...
- Alors, le premier qui arrive, c'est Marin. Marin Moore. Il est très mystérieux. On raconte qu'il aurait tué quelqu'un et qu'il a peur qu'on découvre sa face cachée. C'est pour ça qu'il est si réservé. Beaucoup de filles craquent sur lui mais aucune n'ose aller le voir. Sa mère est une célèbre styliste.
__Je suis surprise en reconnaissant le garçon que j'ai bousculé tout à l'heure. Pourtant, il n'a franchement pas l'air méchant, j'ai du mal à croire tout ce qu'on raconte sur lui. Il avance sans se soucier de ce qui l'entoure... Je ne peux m'empêcher de rougir.
- Elle, c'est Selena Silverst. On la surnomme la Reine du lycée. Elle a un physique parfait comme tu peux le voir. Tous les mecs rêvent d'en faire leur petite-amie et la plupart des filles la prennent comme modèle. Son père est le manager d'une équipe de football et sa mère est la créatrice d'une boutique de vêtements, me souffle Manon.
- Ensuite, c'est Gaëtan Levinson. Super beau gars qui en profite ! Tu ne le verras jamais plus d'un mois avec la même fille. Il a un charme fou et adore séduire son public. Son père est à la tête d'une grande entreprise informatique. On l'appelle le Prince, dit Philomène.
__J'observe ledit prince. Il n'a pas volé son titre. De nombreuses filles le saluent timidement, les joues en feu. D'autres s'avancent et osent lui offrir quelques cadeaux. Il semble ravi et les remercie toutes d'un murmure à l'oreille qui les rend encore plus rouges qu'elles ne l'étaient (il est vraiment fort !)...
__Une nouvelle vague d'agitation secoue les rangs, plus forte encore que les précédentes. Elle est dûe au dernier garçon. Il est assez grand, la peau légèrement bronzée, les cheveux blonds aux reflets plus foncés, les mains enfouies dans les poches de son jean, il marche comme si tout ce cirque l'ennuyait énormément. Ses yeux restent fixés devant lui. Il n'accepte aucun cadeau, aucun mot doux, contrairement au Prince. Je suis comme hypnotisée par ce demi-dieu...
- Et voici Alex Charles, le Roi du lycée, m'informe Manon. Alors, ce que tu dois savoir sur lui ? Hum... Son père dirige de nombreuses et prestigieuses bijouteries et sa mère est artiste-peintre. Il a toujours cet air froid et sûr de lui. C'est ce qui fait son charme.
- Il n'a jamais accepté les sentiments de quiconque, murmure Eugénie.
- Il paraît même que ses admiratrices s'enfuient en pleurant lorsqu'il leur jette un regard froid et lourd de sens, complète Philomène.
- Alex Charles est inaccessible. On imagine qu'il a déjà une copine ou quelque chose du genre ! conclut Manon.
__Je reporte mon attention vers lui. Alors comme ça, il est sans coeur et sans pitié ? Il est pourtant si beau... Je secoue la tête, histoire de remettre mes idées en place. Ce mec est un salaud. Il se croit au-dessus de tout le monde !
__Ah ! C'est beau l'autopersuasion... Lorsque le cortège est entré dans la cantine, le reste des élèves s'y engage. Vraiment, quel lycée de fou !
*
__L'après-midi, nous terminons nos cours à 15h. Alors que Manon, Eugénie et Philomène rentrent chez elles, je reste encore quelques temps à Hubert-Hector. Ayant envie de calme et d'un peu de normalité, je demande où se trouve le CDI à un élève qui passe. Il m'indique une porte dans un couloir adjacent. J'ouvre la porte sur laquelle une petite pancarte marquée « Bibliothèque » est collée...
__Oh mon dieu... Dites-moi que je rêve. Bibliothèque est réellement le terme approprié ! Le CDI d'ici fait la taille de la bibliothèque de mon ancien village ! Mais dans quel lycée ai-je mis les pieds ?
__Je vadrouille entre les étagères, sans chercher précisement un livre. Entre deux rayons, qui aperçois-je, assis seul à une table ? Alex Charles, le Roi ! J'ai alors un réflexe totalement stupide. Je me cache et l'observe, tout en feignant d'être absorbée dans la lecture d'un bouquin pris totalement au hasard.
(...)